Rencontre avec Jean-Jacques Mambo Bell, auteur du livre Hosa & Kali

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Jean-Jacques et Charlène MAMBO BELL sont des parents soucieux de l’épanouissement de leurs enfants. C’est pourquoi ils ont réalisé un livre pour les plus jeunes dans le but de leur apprendre à s’aimer et à être fiers de qui ils sont.

Bonjour Jean-Jacques. Bien que vous ne soyez pas écrivain vous êtes à l’origine d’un livre pour enfants. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans ce projet ?
Pour ma femme et moi ce livre était une nécessité. Le point de départ de ce projet a été la vidéo sur l’expérience de la poupée noire et de la poupée blanche. Les réponses accablantes nous ont profondément marqué. Dans la mesure où l’enfant se construit en partie par rapport à son environnement, nous pensons qu’il est important qu’il puisse avoir un jouet (outil pédagogique) qui lui ressemble. C’est la même logique pour un livre. Nous n’étions pas satisfaits de ce que nous pouvions trouver en magasin car nous ne nous reconnaissions pas dans les différents ouvrages en ventes. Arrivés à ce stade nous avions deux choix : faire quelque chose à notre niveau par rapport à cela ou bien faire comme si de rien n’était et continuer à nourrir cette frustration. Nous avons décidé de faire quelque chose. Cet ouvrage est le résultat d’un travail que nous avons élaboré en famille.

Pourquoi avoir nommé le livre Hosa et Kali, Princesses Afro? Est-ce qu’il y a une signification derrière ces deux prénoms ?
« Hosa et Kali » sont les diminutifs des prénoms de nos filles. « Princesses » car nous parlons de princesses de manière contemporaine et « Afro » pour englober toutes les personnes d’origine afro, qu’ils soient en Afrique ou de la diaspora.

Est-ce qu’un livre est un bon support pour aider les enfants à se construire ?
Ma femme et moi pensons que les jouets et les livres que nous offrons à nos enfants sont de vrais outils pédagogiques à travers lesquels ils pourront se développer. Avoir des histoires valorisantes et positives avec des personnages noirs-Afro est pour nous très important. Si vous regardez les bandes dessinées dans lesquelles on voit des personnages noirs, vous verrez que les clichés sont souvent au rendez-vous : l’homme noir sauvage, la femme noire sexualisée, les cases, les habitations précaires, les enfants des rues etc. A travers notre livre ma femme et moi essayons de raconter autre chose tout aussi réel, mais qui tire sa substance dans le positif.

La bande dessinée dite « afro » commence à se développer chez les francophones mais elle est souvent originaire d’Afrique ou des Antilles. A votre avis, pourquoi ne voyons-nous pas ou très peu de dessinateurs noirs en France?
J’imagine que le talent est bel et bien présent en France. Seulement je pense que nous préférons raconter d’autres histoires que celles qui nous concernent vraiment. C’est dommage. Chez les anglophones les livres pour enfants avec des personnages principaux de couleurs chocolat, brun, café crème etc. sont beaucoup plus fréquents. Il faut toujours chercher un peu, mais peut être que nous pourrions prendre exemple sur eux ou au moins nous en inspirer.

Quel est le message que vous souhaitez faire passer aux enfants, mais aussi à leurs parents à travers votre livre ?
Le message est simple : Avoir de l’amour et de l’estime pour ce que nous sommes est primordial. Nous souhaitons donc raconter de petites histoires contemporaines à travers lesquelles nos enfants pourront se projeter totalement et ainsi ajouter une petite « goutte d’estime de soi » en eux. Ce livre représente pour nous une profusion d’images positives. Nous ne cessons de répéter ceci : l’amour de soi, pour soi, par soi et avec les autres. Quand vous le lisez vous ressentez des ondes positives, des valeurs familiales, de l’amour et du respect.

jean-jaques-et-charlene-mambo-bellVous pensez que les personnes d’origine africaine ont vraiment une image négative d’eux-mêmes ?
Je vous donne un exemple simple. De nos jours il suffit de marcher dans la rue pour constater qu’un certain nombre de femmes et d’hommes pratiquent la dépigmentation de la peau. Sans parler du défrisage qui donnerait des fibromes à nos femmes. Quel est le message envoyé à nos enfants ? Quel impact ces pratiques peuvent avoir aux yeux de nos enfants ? Et bien que la texture de nos cheveux n’est pas bonne ! Pire que notre pigmentation est mauvaise ! Nous souffrons d’un manque d’images positives à notre égard et cela à toutes les classes d’âges. Et ça se retrouve malheureusement dans les livres pour enfants et dans tous les medias.

Serait-il possible que ces exemples soient plus un phénomène de mode global plutôt qu’un réel manque de confiance en soi ? Nous pouvons constater que dans certains pays qui ne sont pas africains certaines personnes ont tendance à « européaniser » leur corps. Certes à une ampleur beaucoup moins importante.
C’est une très bonne question. Ces phénomènes ne datent pas d’hier. Dans les années 30 par exemple, Joséphine Baker, qui était une très célèbre danseuse noire de cabaret, s’enduisait le corps de citron pour blanchir sa peau. Ces dernières années il y a eu Sénégal une campagne de sensibilisation contre la dépigmentation de la peau. C’est un vrai fléau, ce n’est pas une simple « mode ». En ce qui concerne les autres peuples qui veulent « européaniser » leur apparence, tels que les asiatiques, je pense que l’origine du problème est la même. J’ai vu des documentaires où des gens faisaient des opérations chirurgicales pour « débrider » leurs yeux, ce que je trouve complètement fou ! Aussi fou que de se dépigmenter la peau. Pour moi ces pratiques sont folles, dangereuses et démontrent bien que nous souffrons d’un déficit d’images positives de nous-mêmes et que pour palier à cela, certains, sont prêts à n’importe quoi. Voilà aussi pourquoi je suis ravi quand je vois le mouvement Nappy car se sont nos femmes qui nous sortiront de ce calvaire et de ces complexes et nous, Hommes Noirs, avons le devoir de les aimer et de les chérir telles qu’elles sont.

Donc selon vous ces problèmes peuvent être résolus par une éducation adaptée
La graine de l’estime de soi doit être plantée le plus tôt possible pour éviter cette « victimisation de notre propre image » qui a été créé pour nous, mais sans nous, donc contre nous. Nous avons besoin de reconquérir notre image. Je vous cite une partie de définition de la Négritude que j’affectionne, extraite du dictionnaire de la Négritude de Mongo Béti et Odile Tobner : « La négritude, c’est l’image que le Noir se construit de lui-même en réplique à l’image qui s’est édifiée de lui, sans lui donc contre lui, dans l’esprit des peuples a peau claire – image de lui-même sans cesse reconquise, quotidiennement réhabilitée contre les souillures et les préjugés de l’esclavage, de la domination coloniale et néo- coloniale ». Pour nous Hosa et Kali est un outil qui a « valeur de bouclier » pour que l’on puisse reconquérir cette image de nous-mêmes qui nous fait défaut, qui nous échappe et que nous avons le devoir de recentrer.

Avez-vous entendu parlé du projet d’une jeune fille de New York, Marley Dias, qui a lancé la campagne #1000BlackGirlBooks afin de répertorier les livres mettant en avant des filles noires.
Oui, j’en ai entendu parler. Je trouve cela génial qu’à seulement 11 ans cette petite soit déjà consciente de cet enjeu. Dès que mon ouvrage sera traduit je lui en enverrai quelques copies. Un livre, c’est une œuvre de l’esprit et j’espère que la collection Hosa et Kali perdurera dans le temps. Son initiative est encourageante.

Votre livre est disponible en ebook depuis le 29 octobre dernier et en physique depuis le 18 décembre. Quels sont les résultats jusqu’à présent ?
A titre personnel ma femme et moi sommes satisfaits du rendu et des retours que nous avons eus. Que cela soit via les réseaux sociaux, les présentations que nous avons faites et toutes les rencontres avec nos lecteurs ou autres. À ce sujet, nous aimerions vraiment prendre le temps de remercier chaque personne qui de près ou de loin nous ont encouragé et nous ont donné de leur temps car ce soutien, quel qu’il soit, est une source d’inspiration et une force inestimable.

Pourquoi avez-vous choisi de le diffuser gratuitement ?
Nous avons décidé dès le départ de faire une version gratuite en téléchargement (jusqu’à nouvel ordre) parce que nous voulons partager le livre et nos valeurs avec le plus grand nombre de personnes. Grâce à sa gratuité nous allons pouvoir toucher des populations qui n’ont pas les moyens de se l’offrir en broché. Sinon le livre est disponible en version payante en librairie chez Tamerie (le frère Namer) au 15-17 rue du chalet dans le dixième arrondissement à Paris et sur le site a-free-can.com (le frère Yako). Nous remercions aussi ces deux partenaires qui contribuent à diffuser notre travail.

Quels sont les projets pour l’avenir ?
Concernant #HosaetKali nous souhaitons élaborer toute une collection qui abordera différents thèmes de société qui nous touchent directement. Nous travaillons sur plusieurs projets à la fois mais n’avons pas encore de date. Je propose aux lecteurs de suivre notre page facebook pour être au courant de nos activités.

Suivez les aventures de Hosa et Kali sur facebook.

Propos recueillis par Yannick Tatieu.

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