Rencontre avec Joseph-Marie Ayissi Nga, styliste et créateur de la marque Wazal

joseph-marie-ayissi-nga-styliste-et-créateur-de-la-marque-wazal

Joseph-Marie AYISSI NGA, alias JJ Du Style, est styliste et le créateur de la marque Wazal. Fils de couturier, il a crée ses premiers habits tout jeune. Aujourd’hui la marque a 11 ans d’existence et Joseph-Marie travaille sur des projets ambitieux pour l’avenir.

Bonjour Joseph-Marie et merci d’avoir trouvé un moment pour nous rencontrer. Je sais qu’actuellement vous êtes en pleine préparation de la collection été et que vous avez peu de temps libre. Pouvez-vous raconter à nos lecteurs quel est votre parcours ?
Tout d’abord merci de m’avoir offert l’opportunité d’apparaître sur votre plateforme. J’en suis honoré. J’ai un parcours atypique. Dans ma jeunesse, au Cameroun, j’aimais faire de la mécanique, ce qui a développé chez moi une attirance pour tout ce qui est technique et manuel. Tout jeune je savais qu’un métier à la fois créatif et manuel était ce qui me correspondait. Bien plus tard j’ai suivi une formation de styliste modélisme patronage et moulage à l’école Vanessa Ruiz à Paris pendant deux ans. Mais j’avais commencé à faire des créations bien avant ma formation.

Vous avez donc fais plusieurs choses dans votre jeunesse qui parfois étaient loin du monde de la mode. Pourquoi avoir choisi cette voie ?
Plusieurs personnes m’ont inspiré, surtout mon père, Ayissi Nga Pierre Célestin, qui était couturier. Je suis rentré dans la mode indirectement grâce à lui. Plus jeune j’ai assisté à plusieurs expositions et défilés auxquels il était invité. Ca a été comme une révélation. J’avais le désir d’exprimer ma créativité à travers des habits. Quand je me suis senti prêt j’ai lancé ma marque Wazal en 2005.

joseph-marie-assiyi-nga-dans-son-atelier

Quel est le concept de Wazal ?
Wazal tire son nom d’un parc national du Cameroun, Waza, qui veut dire jungle. J’ai rajouté le l qui représente le Lion qui est le symbole du Cameroun. Donc ma marque est à la fois un mélange de la férocité et de la noblesse de l’animal et du retour à la nature sauvage. A ce jour je propose deux lignes de vêtements : Wazal pour homme et Wazallionne pour femme. J’envisage aussi de faire des vêtements pour enfants.

Pourquoi avez-vous crée votre marque ?
Un projet commence toujours par un rêve. Et ça c’était mon rêve d’enfant. Je voulais avoir quelque chose qui m’appartienne. Et puis c’était aussi une manière de rendre hommage à mon papa qui est décédé en 2005. Paix à son âme.

Oui, je suis sûr que votre père serait fier de ce que vous avez accomplis.
Ca fait 11 ans maintenant que je fais vivre ma marque. Je travaille dur et je conserve une vision à long terme. Jusqu’à présent Wazal fonctionne bien et j’espère pouvoir la développer à l’international d’ici quelques années. En tout cas je travaille nuit et jour pour atteindre mes objectifs.

En quoi vous différencier-vous de la concurrence?
Aux débuts de Wazal je ne faisais que du street wear. Et puis au fur et à mesure des années je me suis adapté aux besoins de mes clients. Les mentalités évoluent, les styles vestimentaires suivent. Je me suis spécialisé dans les vestes de smoking. J’ai crée ma première collection en 2013, Braguette Tété. C’est inspiré de l’argot camerounais qui signifie chic et bourgeois. En alliant le chic avec l’idée de la braguette, Wazal fait un clin d’œil à l’élégance africaine dans le steet chic. Je dirais qu’aujourd’hui mes vêtements sont un mélange de street et du chic. Je m’inspire de la rue et du haut de gamme

Vouchemise-ova-tétés faites plusieurs fois référence au Cameroun. Est-ce que la mode africaine influence vos créations?
Pour moi l’Afrique est une source d’inspiration. Ses multiples tissus et couleurs inspirent depuis de nombreuses années de grands couturiers partout dans le monde. Je mélange différentes matières. Je travaille avec des tissus qui viennent du Mali, du Sénégal, de Côte d’ivoire, du Cameroun, de France… Pour moi le wax a pris le dessus. Il se modernise de jour en jour. Une petite précision, quand on parle de mode africaine les gens ont tendances à croire que le wax vient d’Afrique de l’ouest, mais on en a aussi au Cameroun. Nous avons des couturières et des couturiers sur place qui font du bon travail et qui ne sont pas bien représentés.

Peut-on dire que vos créations sont une rencontre entre les modes africaines et européennes?
La mode est un mélange de plusieurs cultures. Un créateur qui veut innover n’a pas de limite pour créer. Le monde est vaste et regorge de beaucoup d’idées.

Que prévoyez-vous de nous montrer pour 2016 ?
Ma prochaine collection va s’appeler Ova Tété. Ca signifie Plus chic, Plus créatif, Plus moderne. Je garde toujours la touche street. Pour ces habits j’utilise du wax venu du Ghana, du Mali et de Côte d’Ivoire ainsi que dû cuir d’agneau.

Vous m’avez dit avoir assisté a plusieurs défilés par le passé. Est-ce que vous avez déjà exposé vos créations dans ce genre d’événement?
J’ai été invité par l’ambassadeur du Cameroun à Paris pour la fête de la jeunesse camerounaise. Cette année je vais y participer à nouveau. J’ai fait aussi une exposition à Rouen.

De nombreux jeunes créateurs décident de lancer leur propre marque de textile. Il ya eu quelques success stories en France, comme Dia ou Airness. Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent se lancer ?
C’est vrai qu’il y à beaucoup de marques de vêtements, mais il faut savoir que toutes ne survivent pas. C’est un milieu difficile. Aux jeunes qui veulent créer leur ligne de vêtements, je leur conseille de faire des formations pour la maitrise de la technique. Il ne faut pas non plus oublier l’aspect marketing. Beaucoup croient qu’il suffit d’avoir du talent, mais il faut aussi faire des études de marché, c’est très important. Mais à ce niveau on peut être aidé par des professionnels. Je leur dirais aussi d’être honnêtes et droits durant tout leur parcours. En effet, il y’a beaucoup de choses à faire : conserver un effort constant, avoir l’esprit créatif, positiver, savoir organiser, mettre en avant ses connaissances, savoir être un meneur, créer son réseau de contacts, gérer les situations de crise… Ce n’est pas un métier facile (rire), mais c’est vraiment stimulant.

wazal-couture

Vous m’avez fait part de votre ambition de vendre vos habits dans le monde entier. En tant qu’entrepreneur, comment ressentez vous le contexte économique actuel en France?
Chaque fois que j’allume la télévision, j’entends que tout va mal. Quand je discute avec des jeunes beaucoup me disent vouloir tenter leur chance ailleurs. Mais l’herbe n’est pas forcément plus verte chez le voisin. En ce qui concerne mon secteur d’activité en particulier je dirais que ça se passe bien. Les consommateurs aisés cherchent des pièces uniques. C’est pourquoi je travaille beaucoup sur commande. Je fais des créations sur mesure à des footballeurs, à des chanteurs ou à des businessmen. La créativité est vraiment recherchée par ces gens. C’est une vraie valeur ajoutée. Les pièces qui ne sont pas faites sur commande sont en vente sur mon site.

Est-ce difficile pour un jeune issu des banlieues de se lancer dans l’entrepreneuriat?
Dans l’univers de la mode non. Ca dépend de la détermination et de la créativité de la personne. Bien sûr il y’a encore des obstacles à faire tomber, mais on a de beaux exemples de réussite qui nous montrent que les choses avancent et qui nous donnent l’envie d’aller de l’avant. Je dirais que celui qui ne risque rien n’a rien et que tout est possible.

Découvrez les collections Wazal sur www.wazalshop.com et suivez leur actualité sur facebook.

Propos recueillis par Yannick Tatieu.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.