« Noire n’est pas mon métier », un recueil sur les coulisses du cinéma français

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Des actrices dénoncent dans un livre le racisme et les préjugés du cinéma français (Crédit photo: DR)

Aïssa Maïga, Nadege Beausson-Diagne, Mata Gabin, Maïmouna Gueye, Eye Haïdara, Rachel Khan, Sara Martins, Marie-Philomène NGA, Sabine Pakora, Firmine Richard, Sonia Rolland, Magaajyia Silberfeld, Shirley Souagnon, Assa Sylla, Karidja Touré et France Zobda se sont associées pour rédiger le recueil Noire n’est pas mon métier, paru le 3 mai. Dans ce livre elles dévoilent les coulisses du cinéma français et témoignent des difficultés d’être une actrice noire ou métisse en France.

« L’imaginaire des productions françaises est encore empreint de clichés hérités d’un autre temps », explique Aïssa Maïga qui est a l’initiative du projet. « Notre présence dans les films français est encore trop souvent due à la nécessité incontournable ou anecdotique d’avoir un personnage noir ». Bien que les scénaristes soient différents, la majorité des rôles sont souvent les mêmes : « Chez les garçons, ça va être souvent les voyous; et chez les femmes (…) la femme de ménage, l’infirmière, la prostituée« .

« Heureusement que vous avez les traits fins« , « pas assez claire », « pas assez africaine pour une Africaine », c’est le genre de commentaires qu’elles ont toutes entendues un jour ou l’autre. Certains sont plus explicites encore : « Pour une Noire, vous êtes vraiment intelligente, vous auriez mérité d’être blanche », « Ma panthère, j’entends les tam-tams de l’Afrique, la chaleur de la savane, ma tigresse », « Vous allez bien ensemble avec la bamboula » ou encore « Oh, la chance, d’avoir des fesses comme ça : Vous devez être chaude au lit, non ? » témoigne Nadège Beausson-Diagne.

L’ouvrage dénonce également les disparités salariales entre les hommes et les femmes, mais aussi celles entre les femmes européennes et les femmes africaines. Ainsi, Firmine Richard souligne qu’elle a été cinq fois moins payée qu’une autre actrice pour un nombre de jours de tournage équivalent pour « une comédie à succès » récente.

Pour contourner ces problèmes, certaines comme France Zobda ont décidé de « mener le combat de la reconnaissance » en passant du coté de la production. « J’ai mis mon métier d’actrice entre parenthèses, explique-t-elle. Je préférais être en amont des projets et non plus en aval, comme le dernier maillon d’une chaîne sans fin. (…) Je voulais raconter enfin nos imaginaires, nos histoires, proposer un regard DE la diversité et non SUR la diversité ! « .

L’objectif du livre n’est pas uniquement d’accuser mais aussi de « décomplexer les gens sur la question », ce que les co-auteurs font avec humour. « Ce livre est un pavé dans la mare, mais c’est aussi une main tendue à nos pairs, directeurs de castings, réalisateurs, scénaristes, financiers. C’est une occasion de les amener à s’interroger, sans culpabiliser » précise Aïssa Maïga.

Les 16 actrices participent au festival de Cannes qui se déroule du 8 au 19 mai pour exposer leur démarche au plus grand nombre. « C’est important d’y être pour interpeller le public français et les médias étrangers car la France est un pays regardé » rappelle Aïssa Maïga.


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